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La météo à Mont-Saint-Sulpice

 

 

 

 

 

 

 

 

BICENTENAIRE DE LA NAISSANCE D’UN ENFANT DU MONT

Guillaume Sulpice CHEVALLIER dit : GAVARNI

La carrière de Gavarni ce grand caricaturiste, égal de Daumier et Grévin est un parallèle à celle de Prosper Lafaye. Ils sont cousins germains, leurs père et mère étaient nés à Mont saint Sulpice ; la mère de Prosper est la sœur du père de Guillaume Sulpice. Prosper & Guillaume se côtoient à Paris, fréquentent les mêmes milieux artistiques, connaissent les mêmes mouvements politiques du XIX ème siècle naissant, mais le caractère ombrageux de Prosper le fait s’éloigner très vite de Gavarni l’épicurien.
La vie de Gavarni nous est décrite dans une biographie complète établie par les deux frères Goncourt qui vivent à ses cotés de nombreuses années de 1852 à 1866. Il devient leur mentor comme Balzac le fût pour lui quelques années avant.
(Au XIXème siècle, la caricature est un complément illustré, indispensable à l’écriture dans les journaux ; les meilleurs dessinateurs de l’époque s’exercent à cette discipline.)


Guillaume Sulpice Chevallier naît le 21 nivôse de l’an XII (13 Janvier1804), au cœur du vieux Paris dans une famille modeste, d’une mère d’âge avancé et d’un père encore plus âgé, originaire du Mont saint Sulpice, il connaît une éducation très républicaine dispensée par Sulpice son père, très engagé politiquement, et connu comme membre du comité révolutionnaire de Bondy. Cet engagement lui vaut au long de ces années troubles, bien des difficultés : il risque l’emprisonnement à plusieurs reprises, mais sa conduite intègre au sein de ce comité le sauve à chaque fois. Sa mère, Marie Thiemet, sœur d’un artiste de cabaret parisien (amuseur et grimacier) se consacre à l’éducation du jeune Guillaume Sulpice et à accompagner son mari désigné ainsi par ses amis : vieillard aigu et ratatiné, qui vécu jusqu’à près de 90 ans. Ce vieux révolutionnaire qui a 54 ans à la révolution française est surtout pour nous les montois, le frère aîné de Marie Madeleine Chevallier mère de Prosper Lafaye.

Le baptême de Guillaume Sulpice, est célébré à l’âge de trois ans, signe d’une éducation en marge des convenances de cette époque.

La jeunesse de Guillaume Sulpice se résume dans ses souvenirs, à son premier travail, il est alors âgé de 10 ou 11 ans. On lui met une chaufferette sous les pieds, pour qu’il soit au niveau d’une table de travail chez un architecte : Mr Dutillard, ces bureaux sont situés derrière la sortie des artistes de tous les cabarets du boulevard du temple. Il travaille le matin chez ce vieil architecte poudré de blanc à recopier des plans. L’après midi, Mme Dutillard l’envoie en ville, chercher des livres. C’est l’occasion de faire connaissance avec la vie des rues et des artistes de cabaret, amis de son parrain THIEMET. Sa vie d’apprenti dure ainsi trois ans avant qu’il ne se dirige vers une nouvelle carrière dans un atelier d’instruments de précision, il y apprend la minutie, le détail et peut être aussi son goût immodéré pour les mathématiques, goût qu’il cultivera à la fin de sa vie. Il fréquente à ce moment la pension Butet, puis l’école du conservatoire, ou il apprend le dessin des machines. Nous sommes arrivés maintenant à l’année 1820, année ou Prosper Lafaye monte à Paris, les deux jeunes gens se rencontrent évidemment, puisque Prosper habite quelques temps chez les Chevallier ; mais leur route n’était pas faite pour chevaucher de concert : Guillaume l’extraverti et Prosper le pessimiste ne se verrons pas très souvent, bien qu’ils mènent une carrière parallèle dans le même milieu d’artistes.

A l’âge de 20 ans, il a déjà un caractère bien trempé, son besoin d’indépendance l’incite à répondre a une demande pour aller à Bordeaux exécuter le plan du grand port. Nous sommes au mois d’Octobre de 1824 ; il vit avec un collègue dans de petits logements précaires, grâce aux maigres appointements qui lui sont consentis. Vingt ans c’est évidemment l’âge de la découverte de l’autre, la découverte de l’amour. A ce sujet, Guillaume confie dans un courrier sa définition de l’amour ; nous retrouverons cette même attitude tout au long de sa vie :
Je suis incapable d’amour ; je ne l’aurai pas plus aimée que je n’aie aimé les autres. Quel est donc le sentiment que j’ai, quand je vois une femme ?.........Je te désirais, tu ne m’as pas échappé. Je t’aurais donné la perfide assurance d’un amour que je n’avais jamais conçu……je t’aurais reçue dans mes bras avec toute la froideur que j’aurais conservée jusqu’alors, mais avec une apparence d’ivresse……tu m’aurais cru le plus heureux des hommes……..j’aurais écrit en baillant ton nom sur le journal, à la suite de bien d’autres et je t’aurais quittée pour préparer une nouvelle intrigue.
Au bout de quelques mois, le travail de relevé est achevé et Guillaume quitte la ville de Bordeaux qu’il trouve triste et sombre ; mais il ne remonte pas directement sur la capitale ou l’attend sa famille impatiente, il part droit devant lui à l’aventure, il traverse les plaines d’aquitaine et le lauraguais. Il rencontre un routier qui fait son tour de France : ils cheminent de concert pendant quelques temps. A Tarbes en décembre 1825, alors qu’il est pratiquement sans ressource, il trouve un travail pour le cadastre des hautes Pyrénées, ce qui lui redonne les moyens matériels de mieux vivre et de fonder des nouveaux projets de voyage, il goûte même à la vie mondaine des bals de préfecture, il fréquente aussi les artistes locaux. Cette période dure trois années, pendant laquelle il fait de nombreux voyages dans les Pyrénées : ces montagnes qui le fascinent littéralement. Il peint, dessine beaucoup, surtout des costumes régionaux. Les travaux de cette période sont jugés par les frères Goncourt comme inachevés et sans génie, ils suffisent néanmoins à lui assurer sa subsistance. Il commence aussi à réaliser des études mathématiques ; bref il profite largement du bouillonnement intellectuel qui caractérise cette période qui précède la révolution de 1830. Ce ne sera qu’en 1828 à l’âge de 24 ans, qu’il retrouve la vie parisienne. Après bien des promesses à ses parents, et bien des hésitations, il réintègre enfin le foyer familial.

C’est alors une boulimie de rencontres éclectiques, il a une soif de connaître, de voir, de toucher, de rencontrer la maîtresse, le mari et l’amant, de partager ce qui fait la vie parisienne au quotidien. Il s’installe modestement dans un appartement de la rue st Lazare face à la cité d’Orléans qui accueille quelques artistes travaillant pour le Louvre ; Prosper Lafaye est de ceux là. Autour d’eux gravite un monde étrange d’artistes déshérités, un refuge de fabuleux déclassés, souvent de laissés pour compte de la société. On se rappelle comment Lafaye y vivait d’une pomme et d’un quignon de pain. Guillaume Sulpice quant à lui habite au cinquième étage d’un immeuble voisin, un petit appartement assez coquet ; il commence à se faire connaître sur le marché de l’art parisien, et c’est en 1829 qu’il doit signer des croquis pour une galerie, trouvant le nom de Chevallier trop commun : signe pour la première fois Gavarni en souvenir des excursions des années précédentes dans les Pyrénées. Très vite, il quitte St Lazare pour prendre un logement à Montmartre : tout en haut de la butte ou il vit entouré de ses parents.

A partir de 1830, il peint énormément de portraits, de paysages du vieux Montmartre et de scène de rues. Il utilise très souvent sa famille comme modèle. Les croquis de Montmartre nous révèlent un environnement presque sauvage ; des bâtisses ruineuses, des masures écroulées, des coins déserts au tas de ronces et des carrières béantes. Ces œuvres le feront connaître de Emile de Girardin qui le choisira pour illustrer son nouveau journal : La mode. Le dessinateur qu’il est, va se délecter dans cet exercice. Son entrée au journal, en dehors de la publicité qu’elle lui procure, a encore pour lui, un autre résultat : elle le sort de son milieu étroit, de ce monde de camarades inconnus et d’amis prolétaires qui forment le cercle de ses relations. Il entre en rapport avec les gens connus, les notoriétés, les célébrités. C’est dans les bureaux de la mode qu’il noue amitié avec Eugène Sue, Peytel, Deveria et Balzac pour qui il illustre plusieurs ouvrages. Grâce à ces amitiés protectrices, il passe sans y participer la période de la révolution de 1830.

Il est devenu un artiste fréquentable, sa vie amoureuse prend maintenant une importance considérable ; c’est une vie inconséquente, à la nature scabreuse. Dans ses rencontres avec le monde des arts, il a fréquemment l’occasion de rencontrer P Lafaye, il suggère ces visites, mais ne les consigne pas ; c’est maintenant une longue amitié avec la famille Feydeau. Ces années de futilité et de mondanité le mènent jusqu’à 1834, l’année de tous les échecs financiers, il tombe dans les grandes difficultés financières. Le journal qu’il a lancé : le journal des gens du monde se révèle un échec commercial et un gouffre financier. GAVARNI se retrouve même pour cela emprisonné à Clichy en 1835 ; à l’image de Lafaye à la même époque, il vit en état de faillite pendant plusieurs années, cette situation de précarité perdure jusqu'à la fin de sa vie. On le voit souvent déposer des gages au mont de piété pour régler les dettes les plus criardes. En 1836, il s’éprend d’Arsène, une prostituée des boulevards parisiens ; en 1839, il rencontre une autre femme qui le soutient et l’accompagne au long de sa vie ; c’est mademoiselle Aimée dite la grande. Elle lui consacre le reste de ses jours. Il vit une période déstabilisée, la course à l’argent, les créanciers, les amourettes, les correspondances galantes et le travail acharné sont les ingrédients de ses années là. En 1839, il connaît une période plus faste, en effet sa série de 60 chroniques : l’étudiant parait dans le charivari et lui confère un succès relatif. Mais c’est aussi cette année que son ami Peytel, est convaincu de l’assassinat de son épouse, enceinte d’un de ses domestiques, et meurt sur la guillotine malgré l’intervention bienveillante de Gavarni et de Balzac. Ce Balzac qu’il qualifie publiquement de grossier personnage, imbu de sa personne, bête et ignare dans la vie mais génial en écriture. Sans que sa situation matérielle s’améliore sensiblement, il crée les lorettes pour le charivari : une série de gravures qui traite des mœurs des filles de boulevard. Il continue dans ces années 1840 à 1845 à travailler énormément et à pratiquer l’amour, cela lui suffit : il s’accommode de cette vie précaire, à la perpétuelle recherche des moyens d’échapper à ses créanciers. Il a la douleur à ce moment de sa vie de perdre sa mère ; le départ de ses parents sera à chaque fois très difficile à assumer. Pour échapper à cette période de solitude, Gavarni épouse le 27.12.1844, Jeanne Léonie Martin de Bonabry une célèbre musicienne qui lui a déjà donné deux enfants qui seront pour lui un immense réconfort.

Il décide donc de faire une pause dans cette vie faite de difficultés, et répond à l’aristocratie britannique qui le sollicite pour un séjour en Angleterre ou il doit distraire la cour des souverains je devais faire des images pour amuser les bourgeois. Il s’embarque donc le 21 décembre 1847 mais ce qu’il voit de la vie londonienne le perturbe, il est parti chez les aristocrates et nous le retrouvons assez vite, dans les bas fonds de la capitale ; il loue un petit appartement dans ces quartiers. Il y vit et croque allègrement les mœurs de ce monde de marginaux. C’est une fuite pour lui qui se cache de ses problèmes d’argent et des mouvements politiques qui agitent la France. La vie dans ce monde souvent dépravé le pousse insensiblement à l’alcoolisme et à la luxure ; il est grand temps qu’il revienne à sa maison du point du jour en 1852, et qu’il retrouve ses deux fils, son mariage fut un échec : il est déjà séparé de son épouse.

Il retrouve son activité, le travail de forçat, qu’il réalise avec une aisance sans pareille, cela lui convient bien : il peut donner libre cour à son extraordinaire capacité de créer ; ce sont toujours des planches de lithographie, il réalise rarement des portraits. Il habite sa maison du point du jour dont les frères Goncourt nous livrent une description précise que voici. Elle se trouve sur la route de Versailles, elle a l’apparence d’une propriété inhabitée dont les grilles sont rouillées et dont la toiture par excès d’élégance est en ardoise sur la façade rue. Dans cette grande bâtisse, il existe un petit atelier dans le jardin là ou Gavarni vit et travaille. A cette période de sa vie il est décrit par les Goncourt comme un homme de haute stature ; à 50 ans il avait gardé de l’élasticité et de la souplesse acquise à la pratique d’exercices physiques fréquents. Il lui arrive encore de se vêtir d’une redingote boutonnée jusqu’en haut, les moustaches relevées, il a une tournure encore jeune et pleine de crânerie militaire, digne d’ un homme de trente ans. Ses cheveux et sa barbe qui avaient du être blonds, sont maintenant couleur poussière, encadrent un front volontaire barré de deux grandes rides accentuées par l’usage du lorgnon. Son quotidien est un peu différent, Gavarni perd bientôt le goût de s’habiller et de paraître dans le Paris mondain. Il reçoit des décorations mais n’y prête guère attention, le cercle de ses amis est pourtant prestigieux : Eugène Sue, Sainte Beuve, Proudhon, Les frères Goncourt, Eugène Delacroix, Balzac, Baudelaire ; il est considéré l’égal de Daumier ; la fatigue s’abat sur lui et son séjour en Angleterre a laissé des séquelles sur son corps. A ce moment de sa vie ou il est paradoxalement de plus en plus apprécié par les milieux littéraires de la capitale, il vit une crise d’identité ; il se définit ainsi : non catholique, athée, matérialiste, il se dissimule de plus en plus loin dans le monde cartésien des mathématiques c’est un métaphysicien mathématique. Ses travaux sont jugés de très grand intérêt et publiés dans le bulletin de l’académie des sciences, Gavarni est un chercheur de tout premier ordre, mais il disparaîtra trop tôt pour achever ses travaux. A partir de 1855 il abandonne les grandes pièces de son appartement pour occuper un réduit sous les combles. Goncourt écrit : Intérieur de dur labeur, ou riaient parfois, un jeudi, aux yeux du père, les deux têtes des enfants réunis, son Jean et son Pierre, l’ainé, rose, les yeux bleus, avec un petit rire finaud ; le jeune Pierre, avec la lumière de ses yeux de femme, et ses cils si long, et ses cheveux qui étaient blonds alors. Les journées sont toutes remplies et toutes occupées jusqu’à la nuit, et les soirées toutes renfermées et consacrées à la chère garde de son bien aimé fils Jean, des soirées passées à lui faire patiemment réciter ses leçons d’anglais. Pour ne pas être séparé de ce fils qu’il adorait, il avait créé une pension à domicile ou il recevait des jeunes pensionnaires. Ses enfants font partie de son quotidien, sa femme ne fait jamais partie de ses récits, sauf une fois en 1854, ou il parle des talents musicaux de madame Jeanne Gavarni. Ce tableau familial attendrissant est terni par la disparition prématurée de son fils adoré Jean en juin 1857, des suites d’une soudaine hémorragie.

Vers l’année 1859, il ne se consacre plus qu’aux mathématiques et à son jardin. Ce jardin du point du jour (au niveau de l’actuel pont de Garigliano), est devenu une obsession pour lui, il construit, crée, plante, déplante, arrache, reconstruit sans cesse n’a t-il réalisé à grand frais son rêve qu’il fait arracher toute son oeuvre pour repartir sur une autre idée. Il entretient une nombreuse équipe de terrassiers, de maçons, de jardiniers que ses finances précaires ne peuvent assurer sans risque ; il s’endette à nouveau inexorablement. C’est une nouvelle fuite en avant. En 1863, une trêve est faite dans cette orgie de dépenses, la ville de Paris exproprie sa propriété pour réaliser le boulevard de ceinture (le baron Haussmann est passé par là). L’argent récolté de cette cession ne lui permettra même pas de couvrir ses dettes. Il est évident que cet épisode dramatique de sa vie personnelle, ajouté à la disparition de son fils préféré va finir de démolir le vieil homme que les difficultés continuelles ont accablé de leur fardeau.

Gavarni vit ses dernières années dans la nostalgie et le souvenir de sa splendeur. Il s’épuise à visiter, en compagnie de mademoiselle Aimée et de Félix, ses derniers serviteurs, en vue d’acquérir les plus belles propriétés de la région parisienne. Il cherche à provoquer la mort par ces folies. Il va concrétiser ces fantasmes en se rendant acquéreur en 1865, d’une propriété de deux cents soixante mille francs située boulevard de l’impératrice (actuellement boulevard Foch). Les années 1865.1866 sont deux longues années pendant les quelles le corps et l’esprit de Gavarni se dégradent inexorablement. Le 24 novembre 1866, il décède dans les bras de son fils Pierre, remonté d’urgence du limousin. Il laisse de sa vie d’artiste plus de 8000 pièces dont 2700 lithographies. Il repose depuis sous une grande dalle de granit payée par les Goncourt, au cimetière d’Auteuil, une seule inscription sur cette pierre : GAVARNI.


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